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Sanctions

Qui paie le départ d'un correspondant

Publié le 2 juillet 2026  ·  10 minutes de lecture

Une grande banque internationale clôt un compte de correspondance en quelques minutes de comité et l'inscrit au chapitre de la gestion de portefeuille. La facture se présente des années plus tard sur le bureau d'un superviseur à Douala ou à Abidjan, qui n'a jamais été consulté et ne dispose d'aucun instrument pour y répondre.

Chaque trimestre, dans une direction des activités de correspondance à Londres, à Paris ou à New York, un comité passe en revue une liste de banques respondantes et arbitre celles qu'il conserve. Les commissions attachées à chaque ligne sont modestes. Le dossier est épais. La juridiction figure dans trois registres de risques internes qui ne communiquent pas entre eux. Personne, autour de cette table, ne sera jamais sanctionné pour avoir clôturé un compte, et plusieurs pourraient l'être pour en avoir conservé un. L'arbitrage prend quelques minutes.

Ses effets, eux, se déploient sur une décennie à l'autre extrémité du corridor, et ils ne relèvent pas du registre commercial. La sortie d'un correspondant déplace un risque depuis un bilan où il est mesuré, tarifé et couvert en fonds propres vers un système financier où il n'est rien de tout cela. Ce transfert est le sujet de cette note. Quinze années de réponse publique ont été bridées par une habitude d'analyse, celle qui lit le de-risking comme une négociation privée entre deux établissements, et les superviseurs de la CEMAC et de l'UEMOA comptent parmi ceux qui en assument le produit.

L'arithmétique qui referme un compte nostro

Un correspondant porte l'exposition réglementaire de chacune des institutions qu'il sert, et il la porte chez lui, là où se trouve son agrément et où se fixent les sanctions. Face à un risque de queue de cette nature, le produit net bancaire tiré d'une respondante de Libreville ou de Lomé relève de l'arrondi. Aucune qualité de relation commerciale ne corrige cette asymétrie: les deux termes de l'échange ne sont pas libellés dans la même unité.

Les enquêtes disponibles disent quelque chose de très ordinaire. Dans les travaux qui ont nourri le rapport de données du Conseil de stabilité financière de 2017, repris par Rice, von Peter et Boar dans la Revue trimestrielle de la BRI de mars 2020, près de 40 % des banques invoquaient une réorientation stratégique pour justifier la rupture de relations, environ un tiers indiquaient que la relation avait cessé d'être rentable une fois intégré le coût de la diligence requise, et quelque 22 % citaient des considérations de conformité et de réputation. Le Groupe d'action financière est parvenu à une conclusion compatible dans son état des lieux du 27 octobre 2021: la rentabilité y est identifiée comme le déterminant principal, et le de-risking défini comme l'évitement du risque plutôt que sa gestion, pratique que le GAFI qualifie d'incompatible avec l'approche fondée sur les risques qui structure ses propres normes.

La mécanique détermine ce qui se perd réellement. L'accès au règlement en dollar et en euro passe par un compte nostro tenu chez le correspondant et par l'autorisation SWIFT de gestion des relations, sans laquelle deux établissements ne peuvent même pas échanger un message de paiement. L'accès au commerce international passe par quelque chose de plus étroit encore: la disposition du correspondant à confirmer un crédit documentaire émis à Douala ou à Abidjan. La recommandation 13 du GAFI comme l'annexe révisée du Comité de Bâle sur la correspondance bancaire, publiée en juin 2017, énoncent l'une et l'autre que ces relations doivent être notées une à une et non par indicatif géographique. Toutes deux sont lues couramment dans le sens inverse.

Une relation qui porte tout, deux qui ne portent rien

Les ordres de grandeur sont connus. Entre janvier 2011 et fin 2017, le nombre de correspondants actifs dans le monde a reculé de 15,5 % et celui des corridors actifs de 7,3 %, avec des baisses de 23 % pour le dollar et de 20,8 % pour l'euro, selon la mise à jour du rapport de données du Conseil de stabilité financière publiée le 16 novembre 2018. Sur la même période, l'Afrique a perdu 18,6 % de ses correspondants actifs toutes devises confondues et 25,1 % de ceux traitant le dollar. La BRI a chiffré le repli mondial à environ 20 % entre 2011 et 2018, le nombre de corridors actifs passant de quelque 10 800 à environ 9 800, et a établi en mars 2020 que les juridictions désignées à répétition comme à haut risque par le GAFI perdaient des correspondants avec une avance d'une vingtaine de points de pourcentage sur la moyenne.

Lues vite, ces séries paraissent supportables, puisque la valeur et le volume des paiements ont continué de croître. C'est précisément là que réside le problème. Les paiements n'ont pas disparu, ils ont été canalisés. Une banque respondante ne se retrouve pas avec un nombre réduit de relations de poids comparable. Elle se retrouve avec une relation qui porte l'essentiel de la valeur réglée et deux autres qui n'en portent presque rien. Aucun ratio de solvabilité ne capte cette configuration. Borchert, de Haas, Kirschenmann et Schultz montrent dans leur étude de 2024 que les entreprises souffrent davantage lorsque leur banque disposait déjà de peu de correspondants, ce qui est la forme empirique de la même proposition: le décompte est un indicateur médiocre, la concentration est l'exposition.

La substitution régionale s'est engagée et mérite d'être créditée sans être surestimée. La Banque africaine de développement indiquait en mai 2026 que six des sept premières banques confirmatrices du commerce africain sont désormais des établissements africains, contre deux dans les dix premières lors des enquêtes précédentes. Le gain structurel est réel. Il déplace la vulnérabilité plus qu'il ne la supprime: la banque confirmatrice de Nairobi ou de Casablanca a elle aussi besoin de son propre compensateur en dollar, et la chaîne s'est simplement allongée d'un maillon.

Le prix du corridor en zone franc

C'est dans le financement du commerce que la note se présente d'abord. Une enquête auprès des institutions financières de Côte d'Ivoire, du Ghana, du Nigeria et du Sénégal, publiée par la SFI et l'OMC en octobre 2022, établit que le financement du commerce ne couvrait que 25 % des échanges de biens de ces quatre économies, contre une moyenne africaine de 40 % et une fourchette mondiale de 60 à 80 %. Quatre-vingt-dix pour cent des banques interrogées citaient la difficulté à satisfaire les exigences des correspondants étrangers parmi les obstacles. Le prix moyen d'un crédit documentaire s'y établissait entre 2 et 4 % de la valeur de la transaction, au-dessus de la moyenne des marchés émergents, proche de 2 %, et très au-delà des 0,25 à 0,50 % observés dans les économies avancées. Cet écart ne rémunère pas le risque de la marchandise. Il rémunère la minceur du réseau de correspondance, et il est acquitté par les importateurs d'engrais, de carburants et de produits pharmaceutiques.

À l'échelle du continent, le rapport de la Banque africaine de développement de mai 2026 évalue la demande non satisfaite de financement du commerce entre 74 et 92 milliards de dollars en 2024, et relève que les banques commerciales n'ont intermédié que 23 % des échanges sur la période 2020-2024, contre 40 % avant la pandémie, avec un taux de rejet de 37 %. Le resserrement de l'appétence au risque des correspondants figure parmi les facteurs susceptibles, selon l'institution, de porter cet écart entre 86,6 et 102,6 milliards de dollars d'ici 2027.

Les corridors de transferts de fonds se dégradent autrement et aboutissent au même point. L'Afrique subsaharienne demeurait au troisième trimestre 2025 la région du monde vers laquelle envoyer de l'argent coûte le plus cher, à 8,46 % d'un transfert de 200 dollars contre une moyenne mondiale de 6,36 %, les banques restant le canal le plus onéreux à 14,99 %, selon les données Remittance Prices Worldwide de la Banque mondiale publiées en septembre 2025. À ces prix, les volumes ne s'évaporent pas. Ils se déplacent, vers les convoyeurs d'espèces et vers des rails de règlement situés hors du périmètre de tout superviseur, soit l'exact contraire de l'objectif poursuivi.

La transmission à l'économie réelle est désormais mesurée. Borchert et ses coauteurs, en exploitant des ruptures effectives de relations de correspondance en Europe émergente, établissent qu'une entreprise dont la banque principale perd un correspondant voit sa probabilité de continuer à exporter reculer de 5,2 points de pourcentage à court terme et de 19,8 points quatre ans plus tard, ses revenus d'exportation s'établissant alors 57 % en dessous de ceux d'entreprises comparables. Au niveau sectoriel, la croissance des exportations est inférieure d'environ 8 points dans les pays les plus touchés par le retrait. Ces estimations proviennent de systèmes bancaires nettement plus profonds que ceux de la zone franc, ce qui invite à les tenir pour un plancher.

L'inscription sur liste est réversible, et c'est là que le superviseur reprend la main

La courroie de transmission entre une évaluation mutuelle et un compte clôturé figure désormais noir sur blanc dans les documents officiels. Les services du FMI, dans leurs travaux de 2025 sur les politiques communes de la CEMAC, ont invité la COBAC, le GABAC et la BEAC à combler les défaillances stratégiques relevées lors des évaluations mutuelles précisément afin d'éviter une capacité amoindrie de commercer avec l'étranger et la perte de relations de correspondance essentielles. Le règlement COBAC R-2023/01, promulgué en juillet 2024 puis complété par des lignes directrices en février 2025, en constitue l'outillage.

La preuve que le canal fonctionne dans les deux sens est récente. Le Sénégal est sorti de la liste des juridictions sous surveillance renforcée du GAFI en octobre 2024, le Mali en juin 2025, le Burkina Faso et le Nigeria en octobre 2025; le Cameroun et la Côte d'Ivoire y figuraient encore lors de la déclaration du GAFI du 19 juin 2026. Une inscription est une variable de politique publique dotée d'une sortie connue, non un climat. La conséquence pour la pratique prudentielle est directe: le nombre et la concentration des routes de compensation d'une banque relèvent du reporting périodique, au même titre que les indicateurs de liquidité, et la perte du principal correspondant en dollar a sa place dans les scénarios de tension présentés au conseil.

Un tableau que le conseil devrait exiger

Demander au trésorier et au responsable de la conformité de produire ensemble, chaque trimestre, une feuille unique. Une ligne par route de compensation en dollar et en euro. Pour chacune: la part de la valeur réglée qu'elle supporte, la date de dernière actualisation du questionnaire CBDDQ de Wolfsberg adressé au correspondant, le nombre de demandes d'information reçues sur le trimestre et le délai médian, en jours calendaires, jusqu'à une réponse complète. Demander ensuite ce qu'il advient si la première ligne notifie un préavis de trente jours, et refuser toute réponse qui se réduit à une lettre d'intention plutôt qu'à une route ayant effectivement réglé un paiement.

Ce délai médian mérite plus d'attention qu'il n'en reçoit. Il dépend presque entièrement de l'établissement, et les correspondants s'en servent comme substitut de tout ce qu'ils ne peuvent vérifier directement, y compris la qualité de la chaîne des bénéficiaires effectifs et le sérieux du travail de connaissance du client du client. Les relations se perdent bien plus souvent par lenteur de réponse que par mauvaise clientèle.

Sources

Conseil de stabilité financière, FSB Correspondent Banking Data Report: Update, 16 novembre 2018. Tara Rice, Goetz von Peter et Codruta Boar, On the global retreat of correspondent banks, Revue trimestrielle de la BRI, mars 2020. Groupe d'action financière, High-Level Synopsis of the Stocktake of the Unintended Consequences of the FATF Standards, 27 octobre 2021. Lea Borchert, Ralph de Haas, Karolin Kirschenmann et Alison Schultz, Broken Relationships: De-Risking by Correspondent Banks and International Trade, CEPR Discussion Paper 19373, septembre 2024. Société financière internationale et Organisation mondiale du commerce, Trade Finance in West Africa: A Study of Côte d'Ivoire, Ghana, Nigeria and Senegal, octobre 2022. Banque africaine de développement, Trade Finance Supply in Africa: Post-Covid Trends and Emerging Opportunities, mai 2026. Banque mondiale, Remittance Prices Worldwide, numéro 54, septembre 2025. Fonds monétaire international, Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC): rapport des services sur les politiques communes des États membres, 2025.

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